Je rentre, je regarde la boîte aux lettres, j’y trouve le journal régional  : il y a un bal au village voisin, une conférence dans un bar de Tarbes   – la grande ville, avec ses 40 000 habitants  ; les pompiers ont été appelés au cours de la nuit parce qu’une poubelle avait pris feu. Le sujet qui mobilise la région est une bande accusée de couper les platanes bordant une route de campagne, parce qu’ils ont causé la mort d’un motocycliste  : cette information occupe une page entière et plusieurs jours de reportages au sujet du «  commando secret «  qui veut venger la mort du garçon en détruisant les arbres.

Je me couche près du ruisseau qui traverse mon moulin. Je regarde les cieux sans nuage dans cet été terrible, qui a fait 5 000 morts seulement en France. Je me lève et je vais pratiquer le kyudo, la méditation avec l’arc et la flèche, qui me prend plus d’une heure par jour. C’est déjà l’heure de déjeuner  : je fais un repas léger et soudain je remarque dans une des dépendances de l’ancienne construction un objet étrange, muni d’un écran et d’un clavier, connecté   – merveille des merveilles   – à une ligne à très haut débit, également appelée ADSL. Au moment où j’appuierai sur un bouton de cette machine, je sais que le monde viendra à ma rencontre.

Je résiste autant que je le peux, mais le moment arrive, mon doigt touche la commande «allumer  » et me voilà de nouveau connecté au monde  : les colonnes des journaux brésiliens, les livres, les interviews qu’il faut donner, les nouvelles d’Irak et d’Afghanistan, les requêtes, l’avis annonçant que le billet d’avion arrive demain, les décisions à ajourner, les décisions à prendre.

Je travaille plusieurs heures parce que je l’ai choisi, parce que c’est ma légende personnelle, parce qu’un guerrier de la lumière sait qu’il a des devoirs et des responsabilités. Mais dans le mouvement «  personne ou presque «  tout ce qui se trouve sur l’écran de l’ordinateur est très lointain, de même que le moulin paraît un rêve quand je suis dans les mouvements «  beaucoup de monde  » ou «quelques-uns  ».



2 из 120