
— Que Boone est anti-arabe ?
— Qu’est-ce que tu en penses, toi ?
— Est-ce qu’il n’a pas été l’un des premiers à s’opposer à la construction de la mosquée sur Phobos ?
— C’est un homme de pouvoir.
Une expression de colère déforma le visage du jeune Saoudien.
— C’est l’homme le plus puissant sur Mars, et il en veut encore plus ! Il veut être roi !
Selim ferma le poing et frappa la paume de son autre main. Il était plus svelte que les autres Arabes, les membres graciles, et, sous sa moustache, sa bouche était petite.
— On va bientôt voter pour le traité de renouvellement, dit Frank. Et la coalition de Boone me court-circuite. (Il serra les dents.) J’ignore tout de leurs plans, mais je vais essayer d’en savoir plus dès ce soir. Tu peux déjà en avoir une certaine idée. Il va s’appuyer sur l’Occident, c’est certain. Il est possible qu’il refuse d’approuver un nouveau traité qui n’apporterait pas la garantie que tous les nouveaux comptoirs seront fondés sur les accords du traité initial. (Selim frissonna et Frank continua.) C’est ce qu’il vise, et il est très possible qu’il l’obtienne, parce que sa nouvelle coalition lui donne plus de pouvoir que jamais. Ce qui pourrait empêcher les non-signataires de fonder d’autres comptoirs. Vous deviendriez alors des consultants scientifiques. À moins qu’on ne vous renvoie.
Le reflet de Selim dans la vitrine se changea en un masque de fureur.
— Batal, batal, marmonna-t-il.
Ce qui signifiait : très mauvais, très mauvais. Ses mains se crispèrent comme si elles échappaient à son contrôle, et il déversa dans un long balbutiement tout un flot de paroles à propos du Coran, de Camus, de Persépolis, ou du trône du Paon.
— Les bavardages ne servent à rien, le coupa durement Chalmers. À un certain stade, seuls les actes comptent.
Ce qui calma le jeune Arabe, qui ajouta pourtant :
