Et John en personne, entouré d’une petite troupe, était tout en haut, à l’endroit où le boulevard débouchait sur le parc aux sycomores.

Il repéra Chalmers en dépit de son masque et lui fit signe. Les cent premiers se reconnaissaient toujours…

— Salut, Frank. On dirait que tu t’amuses.

— Mais oui, dit Frank la voix assourdie par son masque. J’aime les villes comme celle-ci, et toi ? Toutes les races s’y mêlent. Ça prouve la diversité des cultures sur Mars.

John eut un franc sourire. Son regard se porta sur le boulevard.

Et Frank ajouta d’un ton coupant :

— Un grain de sable dans la mécanique de ton plan, non ?

Le regard de Boone revint sur lui. Les gens qui les entouraient se dispersèrent, devinant leur antagonisme.

— Je n’ai pas de plan.

— Oh, ça va ! Et qu’est-ce qu’il y avait dans ton discours ?

Boone haussa les épaules.

— C’est Maya qui l’a écrit.

Double mensonge : que Maya ait écrit le discours et que John pût le croire. Après toutes ces années, Frank avait encore le sentiment de s’adresser à un étranger. À un politicien en campagne.

— Laisse tomber, John ! Tu crois à tout cela et tu le sais bien. Mais qu’est-ce que tu vas faire de toutes ces nationalités ? De toutes les haines ethniques, des fanatismes religieux ? Jamais ta coalition ne pourra maîtriser tout ça. John, tu ne peux pas garder Mars pour toi. Ça n’est pas une station de recherches scientifiques, et jamais tu n’arriveras à décrocher un traité pour qu’elle le devienne.

— Mais ce n’est pas dans mes intentions.

— Alors pourquoi m’interdis-tu de prendre la parole ?



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