À présent, Selim ne disposait plus que de six heures.

— Est-ce que tu as parlé à Boone ? demanda-t-il.

— J’ai essayé. Il ne m’a pas écouté. Il m’a menti. (C’était tellement facile de simuler la détresse.) Nous avons été amis pendant vingt-cinq ans, et il m’a menti !

Il cogna de la paume sur le tronc de l’arbre et les pastilles s’envolèrent dans l’obscurité. Il se maîtrisa.

— Sa coalition va proposer que toutes les colonies martiennes devront être fondées par les pays qui ont signé le premier traité.

C’était possible, et très certainement plausible.

— Il nous hait ! lâcha Selim.

— Comme il hait tout ce qui se met en travers de son chemin. Et il sait parfaitement que l’islam constitue encore une force réelle dans l’existence des peuples. Parce qu’il façonne la pensée. Et ça, il ne peut pas le supporter.

Selim frissonna. Frank vit qu’il avait les yeux plus brillants que jamais.

— Il faut qu’on l’arrête…

Frank se détourna et s’appuya contre un arbre.

— Je… je ne sais pas.

— Mais tu l’as dit toi-même. Ça ne sert à rien de parler.

Frank contournait l’arbre, avec une légère sensation de vertige.

Idiot, songea-t-il. Bien au contraire, parler est essentiel. Nous ne sommes faits que d’échanges d’informations. Et le langage nous est essentiel !

Il se rapprocha de Selim et lui demanda :

— Comment ?

— La planète. C’est le chemin que nous devons suivre.

— Les portes de la cité sont verrouillées, cette nuit.

Ce qui interrompit Selim, qui demeura immobile, les doigts crispés.

— Mais la porte de la ferme est encore ouverte, ajouta Frank.

— Pas les portes extérieures.



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