Et quand les cloches sonnèrent minuit, cette nuit-là, la ville devint folle. Ces quarante minutes ou presque, volées au temps, devaient être le summum de la fête. Tous le savaient instinctivement. Les feux d’artifice avaient été déclenchés, on applaudissait et on criait de toutes parts dans la clameur des sirènes. Frank et Maya s’étaient tus.

C’est alors qu’ils perçurent des cris, bien différents : inquiets, désespérés.

— Que se passe-t-il ? fit Maya.

Frank avait incliné la tête.

— Une bagarre. L’impulsion du moment, sans doute.

Elle se tourna vers lui et il ajouta très vite :

— On devrait peut-être aller jeter un coup d’œil.

Les cris s’intensifièrent. Ils dévalèrent le parc, allongeant le pas jusqu’à prendre le trot martien. Le parc semblait plus « rand et Frank, un bref instant, en fut effrayé.

Le boulevard central était couvert de détritus. Des gens jaillissaient de l’obscurité comme des hordes de prédateurs. Une sirène se mit à hurler, signalant une déchirure dans l’enveloppe de la cité. Des fenêtres explosaient. Un homme était allongé sur le dos, l’herbe autour de lui marquée de stries noires. Chalmers saisit le bras d’une femme qui se penchait sur lui.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? cria-t-il.

La femme sanglotait.

— Ils se sont battus ! Ils se battent !

— Qui ? Les Suisses, les Arabes ?

— Des étrangers. Ausländer. (Elle le regardait sans le voir.) Allez chercher du secours !

Il rejoignit Maya, qui bavardait avec un groupe aggloméré autour d’une autre victime.



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