
Sur ces entrefaites, le métrage de c…erie s’avère suffisant, la tordue y va de sa dernière larme, tandis que des cloches sonnent à toute volée. La lumière revient. Je regarde mon écraseur de badas, et je pousse une exclamation :
— Ferdinand !
Il est tout pâlot. Il ouvre des cocards grands comme le tunnel de Saint-Cloud et balbutie :
— Monsieur le commissaire…
Je lâche ses revers. Lentement, il fait remonter sa gabardine sur ses épaules.
Ferdinand, c’est un gars du milieu. Pas du tout le genre caïd. Lui, c’est le gagne-petit du crime. Il turbine dans un peu tout, pourvu que ça rapporte et que ça ne mouille pas trop le bonhomme.
— Et alors, je lui dis, tu joues à James Cagney, maintenant ?
La chose me surprend, car c’est pas du tout son genre.
Le cinéma non plus, c’est pas son genre…
Je le regarde. Il a l’air penaud comme un mironton qui rencontrerait sa bourgeoise en sortant du lupanar.
D’un mouvement preste, je palpe ses fouilles, j’en retire une petite trousse de voyage en cuir. Là, il devient verdâtre, le Ferdinand. J’ouvre la trousse, certain à l’avance qu’elle ne contient ni rasoir ni savonnette… En effet, elle renferme un joli nécessaire de cassement. Tout ce qu’il faut pour rire et s’amuser en société lorsque les locataires sont absents. C’est de l’instrument de précision. Une vraie trousse de chirurgien.
— Oh ! dis donc, je lui fais, tu te montes, Ferdi…
À ce moment, l’ouvreuse vient nous proposer des esquimaux.
Je lui assure qu’elle peut les renvoyer en terre Adélie, et je fais signe à Ferdinand de me suivre.
Je ne sais pas si vous êtes développés du côté méninges, mais laissez-moi vous dire que dans mon job, on ne rate pas une occase pareille. C’est comme en amour. Dites-vous toujours, lorsqu’une mousmé vous propose de jouer à la brouette chinoise, que c’est un truc qui ne se représentera peut-être jamais.
