– J'ai visité un logement sur le quai Conti. Je ne sais ce que vous en penserez toutes deux. On y a vue sur une cour, avec un puits, du lierre et une statue de Flore, moussue et mutilée, qui n'a plus de tête et qui continue à tresser une guirlande de roses. J'ai visité aussi un petit appartement rue de la Chaise; il donne sur un jardin, où il y a un grand tilleul, dont une branche, quand les feuilles auront poussé, entrera dans mon cabinet. Pauline aura une grande chambre, qu'il ne tiendra qu'à elle de rendre charmante avec quelques mètres de cretonne à fleurs.

– Et ma chambre? demanda mademoiselle Zoé. Tu ne t'occupes jamais de ma chambre. D'ailleurs…

Elle n'acheva pas, tenant peu de compte du rapport que lui faisait son frère.

– Peut-être serons-nous obligés de nous loger dans une maison neuve, dit M. Bergeret, qui était sage et accoutumé à soumettre ses désirs à la raison.

– Je le crains, papa, dit Pauline. Mais sois tranquille, nous te trouverons un petit arbre qui montera à ta fenêtre; je te promets.

Elle suivait ces recherches avec bonne humeur, sans s'y intéresser beaucoup pour elle-même, comme une jeune fille que le changement n'effraye point, qui sent confusément que sa destinée n'est pas fixée encore et qui vit dans une sorte d'attente.

– Les maisons neuves, reprit M. Bergeret, sont mieux aménagées que les vieilles. Mais je ne les aime pas, peut-être parce que j'y sens mieux, dans un luxe qu'on peut mesurer, la vulgarité d'une vie étroite. Non pas que je souffre, même pour vous, de la médiocrité de mon état. C'est le banal et le commun qui me déplaît… Vous allez me trouver absurde.

– Oh! non, papa.

– Dans la maison neuve, ce qui m'est odieux, c'est l'exactitude des dispositions correspondantes, cette structure trop apparente des logements qui se voit du dehors.



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