
Lorsqu'ils traversèrent l'allée qui passait sous un massif avant-corps, ils éprouvèrent un sentiment inexplicable de tristesse et de piété. Dans la cour humide se dressaient des murs que les brumes de la Seine et les pluies moisissaient lentement depuis la minorité de Louis XIV. Un appentis, qu'on trouvait à droite en entrant, servait de loge au concierge. Là, à l'embrasure de la porte-fenêtre, une pie dansait dans sa cage, et dans la loge, derrière un pot de fleurs, une femme cousait.
– C'est bien le second sur la cour qui est à louer?
– Oui. Vous voulez le voir?
– Nous désirons le voir.
La concierge les conduisit, une clef à la main. Ils la suivirent en silence. La morne antiquité de cette maison reculait dans un insondable passé les souvenirs que le frère et la soeur retrouvaient sur ces pierres noircies. Ils montèrent l'escalier de pierre avec une anxiété douloureuse, et, quand la concierge eut ouvert la porte de l'appartement, ils restèrent immobiles sur le palier, ayant peur d'entrer dans ces chambres où il leur semblait que leurs souvenirs d'enfance reposaient en foule, comme de petits morts.
– Vous pouvez entrer. L'appartement est libre.
D'abord ils ne retrouvèrent rien dans le grand vide des pièces et la nouveauté des papiers peints. Et ils s'étonnaient d'être devenus étrangers à ces choses jadis familières…
– Par ici la cuisine… dit la concierge. Par ici la salle à manger… par ici le salon…
Une voix cria de la cour:
– Mame Falempin?…
La concierge passa la tête par une des fenêtres du salon, puis, s'étant excusée, descendit l'escalier d'un pas mou, en gémissant.
Et le frère et la soeur se rappelèrent.
Les traces des heures inimitables, des jours démesurés de l'enfance commencèrent à leur apparaître.
– Voilà la salle à manger, dit Zoé. Le buffet était là, contre le mur.
