
»Le beau salon de nos parents! soupira M. Bergeret. Sous cette tenture neuve, je le retrouve peu à peu. Que son vilain papier vert à ramages était aimable! Comme ses affreux rideaux de reps lie de vin répandaient une ombre douce et gardaient une chaleur heureuse! Sur la cheminée, du haut de la pendule, Spartacus, les bras croisés, jetait un regard indigné. Ses chaînes, que je tirais par désoeuvrement, me restèrent un jour dans la main. Le beau salon! Maman nous y appelait parfois, quand elle recevait de vieux amis. Nous y venions embrasser mademoiselle Lalouette. Elle avait plus de quatre-vingts ans. Ses joues étaient couvertes de terre et de mousse. Une barbe moisie pendait à son menton. Une longue dent jaune passait à travers ses lèvres tachées de noir. Par quelle magie le souvenir de cette horrible petite vieille a-t-il maintenant un charme qui m'attire? Quel attrait me fait rechercher les vestiges de cette figure bizarre et lointaine? Mademoiselle Lalouette avait, pour vivre avec ses quatre chats, une pension viagère de quinze cents francs dont elle dépensait la moitié à faire imprimer des brochures sur Louis XVII. Elle portait toujours une douzaine de ces brochures dans son cabas. Cette bonne demoiselle avait à coeur de prouver que le Dauphin s'était évadé du Temple dans un cheval de bois. Tu te rappelles, Zoé, qu'un jour elle nous a donné à déjeuner dans sa chambre de la rue de Verneuil. Là, sous une crasse antique, il y avait de mystérieuses richesses, des boîtes d'or et des broderies.
– Oui, dit Zoé; elle nous a montré des dentelles qui avaient appartenu à Marie-Antoinette.
