
– Adhémar ne peut pourtant faire des montres, dit M. de La Barge avec quelque pudeur.-Essayez de l'École des langues orientales, dit obligeamment M. Bergeret. C'était excellent à l'origine.
– C'est bien gâté depuis, soupira M. de La Barge.
– Il y a encore du bon. Voyez un peu dans le tamoul.
– Le tamoul, vous croyez?
– Ou le malgache.
– Le malgache, peut-être.
– Il y a aussi une certaine langue polynésienne qui n'était plus parlée, au commencement de ce siècle, que par une vieille femme jaune. Cette femme mourut laissant un perroquet. Un savant allemand recueillit quelques mots de cette langue sur le bec du perroquet. Il en fit un lexique. Peut-être ce lexique est-il enseigné à l'École des langues orientales. Je conseille vivement à monsieur votre fils de s'en informer.
Sur cet avis, M. Panneton de La Barge salua et se retira pensif.
VI
Les choses se passèrent comme elles devaient se passer. M. Bergeret chercha un appartement; ce fut sa soeur qui le trouva. Ainsi l'esprit positif eut l'avantage sur l'esprit spéculatif. Il faut reconnaître que mademoiselle Bergeret avait bien choisi. Il ne lui manquait ni l'expérience de la vie ni le sens du possible. Institutrice, elle avait habité la Russie et voyagé en Europe. Elle avait observé les moeurs diverses des hommes. Elle connaissait le monde: cela l'aidait à connaître Paris.
– C'est là, dit-elle à son frère, en s'arrêtant devant une maison neuve qui regardait le jardin du Luxembourg.
– L'escalier est décent, dit M. Bergeret, mais un peu dur.
– Tais-toi Lucien. Tu es encore assez jeune pour monter sans fatigue cinq petits étages.
– Tu crois? répondit Lucien flatté.
Elle prit soin encore de l'avertir que le tapis allait jusqu'en haut.
Il lui reprocha en souriant d'être sensible à de petites vanités.
