– Sans doute, dit mademoiselle Bergeret; ils étaient pleins d'ardeur, ces étudiants d'autrefois. Mais enfin ils sont devenus des médecins et des notaires dans leurs provinces. Il faut se résigner à la médiocrité de la vie. Tu le sais bien, que c'est une chose très difficile que de vivre, et qu'il ne faut pas beaucoup exiger des hommes… Enfin, tu es content de ton appartement?

– Oui. Et je suis sûr que Pauline sera ravie. Elle a une jolie chambre.

– Sans doute. Mais les jeunes filles ne sont jamais ravies.

– Pauline n'est pas malheureuse avec nous.

– Non, certes. Elle est très heureuse. Mais elle ne le sait pas.

– Je vais rue Saint-Jacques, dit M. Bergeret, demander à Roupart de me poser des tablettes de bois dans mon cabinet de travail.

VII

M. Bergeret aimait et estimait hautement les gens de métier. Ne faisant point de grands aménagement, il n'avait guère occasion d'appeler des ouvriers; mais, quand il en employait un, il s'efforçait de lier conversation avec lui, comptant bien en tirer quelques paroles substantielles.

Aussi fit-il un gracieux accueil au menuisier Roupart qui vint, un matin, poser des bibliothèques dans le cabinet de travail.

Cependant, couché à sa coutume, au fond du fauteuil de son maître, Riquet dormait en paix. Mais le souvenir immémorial des périls qui assiégeaient leurs aïeux sauvages dans les forêts rend léger le sommeil des chiens domestiques. Il convient de dire aussi que cette aptitude héréditaire au prompt réveil était entretenue chez Riquet par le sentiment du devoir. Riquet se considérait lui-même comme un chien de garde. Fermement convaincu que sa fonction était de garder la maison, il en concevait une heureuse fierté.



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