– Oui, dit M. Bergeret.

– Non, l'autre.

– Je n'en ai reçu qu'une.

– On ne s'entend pas ici.

Et il est vrai que Riquet lançait ses aboiements de toute la force de son gosier.

– Il y a de la poussière sur le buffet, dit Zoé en y posant son manchon. Ta bonne n'essuie donc pas?

Riquet ne put souffrir qu'on s'emparât ainsi du buffet. Soit qu'il eût une aversion particulière pour mademoiselle Zoé, soit qu'il la jugeât plus considérable, c'est contre elle qu'il avait poussé le plus fort de ses aboiements et de ses grognements. Quand il vit qu'elle mettait la main sur le meuble où l'on renfermait la nourriture humaine, il haussa à ce point la voix que les verres en résonnèrent sur la table. Mademoiselle Zoé, se retournant brusquement vers lui, lui demanda avec ironie:

– Est-ce que tu veux me manger, toi?

Et Riquet s'enfuit, épouvanté.

– Est-ce qu'il est méchant, ton chien, papa?

– Non. Il est intelligent et il n'est pas méchant.

– Je ne le crois pas intelligent, dit Zoé.

– Il l'est, dit M. Bergeret. Il ne comprend pas toutes nos idées; mais nous ne comprenons pas toutes les siennes. Les âmes sont impénétrables les unes aux autres.

– Toi, Lucien, dit Zoé, tu ne sais pas juger les personnes.

M. Bergeret dit a Pauline:

– Viens, que je te voie un peu. Je ne te reconnais plus.

Et Riquet eut une pensée. Il résolut d'aller trouver, à la cuisine, la bonne Angélique, de l'avertir, s'il était possible, des troubles qui désolaient la salle à manger. Il n'espérait plus qu'en elle pour rétablir l'ordre et chasser les intrus.

– Où as-tu mis le portrait de notre père? demanda mademoiselle Zoé.

– Asseyez-vous et mangez, dit M. Bergeret. Il y a du poulet et diverses autres choses.

– Papa, c'est vrai que nous allons habiter Paris?

– Le mois prochain, ma fille. Tu en es contente?

– Oui, papa. Mais je serais contente aussi d'habiter la campagne, si j'avais un jardin.



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