
La Mort réfléchit un instant.
« NON, dit-il. JE NE CROIS PAS. »
Il rassembla les rênes et fit volter sa monture vers la route du Bord. De son perchoir derrière la silhouette en robe noire, Morty agita désespérément la main.
Son père lui rendit son salut. Puis, lorsque le cheval et ses deux cavaliers eurent disparu à sa vue, il baissa la main et la regarda. La poignée de main… Elle lui avait paru étrange. Mais il n’arrivait pas à se rappeler exactement pourquoi.
* * *
Morty écoutait les claquements de la pierre sous les sabots du cheval. Puis ce fut le bruit amorti de la terre tassée lorsqu’ils gagnèrent la route, puis plus rien.
Il baissa les yeux et vit le paysage déployé sous lui, la nuit comme gravée à l’argent du clair de lune. S’il tombait, il ne rencontrerait que le vide.
Il resserra sa prise sur la selle.
Puis la Mort lui demanda : « TU AS FAIM, PETIT ?
— Oui, m’sieur. » Les mots lui montèrent directement de l’estomac sans intervention du cerveau.
La Mort hocha la tête et retint sa monture. Elle s’immobilisa en l’air ; le vaste panorama circulaire du Disque scintillait en dessous. Ici et là une cité jetait une lueur orangée ; dans les mers chaudes proches du Bord apparaissait un soupçon de phosphorescence. Dans certaines vallées profondes, la lente et plutôt lourde lumière du jour discale
Mais l’embrasement qui montait vers les étoiles depuis le Bord proprement dit éclipsait tout le reste. D’immenses serpentins de lumière miroitaient et scintillaient dans la nuit. De grands murs dorés entouraient le monde. « C’est beau, dit doucement Morty. C’est quoi ?
— LE SOLEIL SOUS LE DISQUE, répondit la Mort.
— C’est comme ça toutes les nuits ?
— TOUTES LES NUITS. LA NATURE EST AINSI.
— Personne est au courant ?
— Toi. MOI. LES DIEUX. CHOUETTE, HEIN ?
