La plupart des marchands de plein air avaient remballé puis étaient partis. Même le vendeur de pâtés chauds en croûte avait cessé de crier ses produits et il en mangeait un, sans souci des risques qu’il faisait courir à sa santé.

Le dernier des autres aspirants apprentis avait pris le large des heures plus tôt. Un jeune homme qui louchait, avait le dos rond, la goutte au nez, et que l’unique mendiant patenté de Montmouton avait déclaré idéal. Le garçon de l’autre côté de Morty était parti pour fabriquer des jouets. Un à un, ils s’en étaient tous allés : maçons, maréchaux-ferrants, assassins, merciers, tonneliers, aigrefins et laboureurs. Dans quelques minutes, ce serait la nouvelle année et une centaine de garçons pleins d’espoir allaient se lancer dans des carrières, dans les nouvelles vies d’utilité publique qui s’offraient à eux.

Morty se demandait tristement pourquoi personne ne l’avait pris. Il s’était efforcé d’avoir l’air respectable et avait regardé tous les maîtres potentiels droit dans les yeux afin de les pénétrer de son excellente nature et de ses qualités éminemment estimables. Ce qui n’avait pas eu l’air de produire l’effet escompté.

« Ça te dit, un pâté en croûte ? demanda son père.

— Non.

— Il les vend pas cher.

— Non. Merci.

— Oh. »

Lezek hésita.

« J’pourrais demander au marchand s’il a envie d’un apprenti, dit-il avec obligeance. C’est du solide, ça, la restauration.

— J’crois pas qu’il en a envie, dit Morty.

— Non, probable que non, fit Lezek. Ils travaillent plutôt seuls, ces gens-là, m’est avis. De toutes façons, il est parti maintenant. Attends, j’vais t’en garder un bout du mien.

— J’ai vraiment pas très faim, papa.



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