
– Oh! alors, je n'y retournerai plus. Je ne veux pas le faire punir, lui qui est si bon et si honnête!
– Tu peux y retourner pendant les offices du matin. Le père Fructueux ne quitte pas l'église à ces heures-là.
– Non, non! m'écriai-je, je ne veux pas m'apprendre à voler!
Je m'endormis toute préoccupée. Je ne songeais plus tant à Rosette qu'à ce garçon de si bon cœur qui était condamné à être malheureux, méprisé, sacrifié, comme disait mon grand-oncle. Il vint, dans la nuit, un gros orage avec des éclairs à tout embraser et des roulements de tonnerre à faire dresser les cheveux. Du moins, voilà ce que le grand-oncle nous dit au matin, car il était le seul de la maison qui eût entendu le bruit: la jeunesse dort si bien, même dans une masure mal close! mais quand j'ouvris le contrevent qui servait de fenêtre, – nous ne connaissions pas l'usage des vitres, – je vis la terre toute trempée et l'eau qui ruisselait encore autour du rocher par mille petits sillons qu'elle s'était creusés dans le sable. Je courus voir si le vent n'avait pas emporté ma bergerie. Elle avait tenu bon, et je fus joyeuse, car la pluie, c'était de l'herbe avant peu de jours.
Sur le midi, le soleil se montra et je partis avec Rosette pour un petit endroit bien abrité dans les grosses roches, où il y avait toujours quelque peu de verdure et où les autres pâtours n'allaient guère, la descente étant mal commode et non sans danger. Je m'y trouvai seule et je m'assis au bord de l'eau troublée et toute écumeuse du torrent. J'y étais depuis un bout de temps quand je m'entendis appeler par mon nom, et bientôt je vis le jeune moine qui descendait le ravin et venait à moi. Il était très propre dans sa robe neuve; il avait l'air content, il sautait hardiment de pierre en pierre. Il me parut le plus joli du monde.
