
Le spectacle frappait par son aspect ahurissant, où la guignolerie se mêlait à l'horreur.
Le giton avait le sexe tranché. Le répugnant bas morceau emplissait la bouche de Titan Ma Gloire, constituant une monstrueuse poire d'angoisse. L'écrivain, travesti en Napoléon Ier, portait la fameuse redingote verte à col rouge et boutons dorés, le gilet blanc, la culotte serrée, les bottes souples, et surtout, surtout, le légendaire bicorne noir à cocarde sans lequel Bonaparte serait peut-être passé à côté de l'immortalité.
Le normalien demeura longtemps en contemplation devant ce littérateur en peau de lapin dont le prestigieux uniforme accroissait la dérision.
Un profond sentiment d'écœurement le submergea, causé non seulement par cette mutilation mais aussi par la mascarade l'ayant précédée.
Il était clair qu'avant la survenance de l'assassin, Titan Ma Gloire et son partenaire forniquaient miséreusement. Et puis « quelqu'un » avait surgi pour mettre fin à ce lamentable batifolage.
Le retraité regrettait de n'avoir pas donné l'alerte, après la découverte de la servante. A présent, il se sentait incapable d'assumer son rôle de témoin face à cette tuerie.
Il quitta la propriété sans hâte, marcha longtemps à travers Louveciennes, sa serviette sous le bras, à la recherche d'un autobus.
2
L'homme qui m'avait succédé à la tête de la Poule me remplaçait mal. A peine commençait-il à se familiariser avec « l'Usine », qu'on lui avait découvert un authentique cancer de la vessie.
Cela débuta par des mictions trop fréquentes et se poursuivit par des élancements douloureux de l'alambic. D'où investigations, comme disent les « hommes en blanc » ; puis la sale révélation : Pépère était daubé de la durite…
