Mais qu'importent les intentions de Caroline Murat ! Éléonore a la fraîcheur de la jeunesse. Et c'est elle qu'il désire en ce soir de son retour à Paris, comme pour célébrer, en serrant contre lui des formes juvéniles, sa victoire et sa propre vigueur.

Après tout, il n'a pas encore trente-sept ans.

Il entend le pas d'Eléonore Denuelle dans le « corridor noir ». Elle est ponctuelle, comme à son habitude.

Il entre dans le salon. Elle fait la révérence.

- Sire..., murmure-t-elle.

Il lui prend le bras, la pince, l'entraîne.

En amour, il est comme à la guerre. Il n'aime pas les longs sièges, mais l'assaut victorieux.

Éléonore se livre.

Napoléon se redresse, rit, lui caresse la joue, puis retourne dans son cabinet de travail.

Sur la table, placée devant la fenêtre, il n'y a qu'une seule dépêche, qu'on a dû apporter cependant qu'il était avec Éléonore dans la chambre voisine. C'est une lettre de Fouché. Selon un voyageur arrivé à l'instant de Londres, rapporte le ministre de la Police générale, William Pitt, le grand adversaire, l'ennemi de toute tentative de paix, serait mort le 23 janvier dans sa villa de Putney, couvert de dettes, accablé par la victoire d'Austerlitz, ordonnant dans un dernier geste de faire retirer la carte d'Europe accrochée au mur de sa chambre, murmurant : « Roulez cette carte, on n'en aura plus besoin d'ici à dix ans. Ma patrie ! Dans quel état je laisse ma patrie ! »

Fox le remplacerait à la tête du ministère.

Napoléon marche de long en large dans son cabinet. C'est comme si le destin lui adressait un signe, écartait les obstacles sur sa route, offrait enfin la possibilité de conclure la paix.



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