
Le père Lelue se tourne. L'enfant ne baisse pas les yeux. Alors, le père Lelue énonce les articles du règlement de l'école : « ployer le caractère, étouffer l'orgueil ». Durant les six années d'études à l'école, pas de congé. Il faudra « s'habiller soi-même, tenir ses effets en ordre et se passer de toute espèce de service domestique. Jusqu'à douze ans, les cheveux coupés ras. Au-delà de cet âge, les laisser croître et les arranger en queue et non en bourse, et les poudrer seulement les dimanches et fêtes ».
Mais l'enfant n'a pas dix ans. Cheveux ras, donc.
Le père Lelue ouvre l'une des portes. Il s'efface, invite l'enfant à entrer dans la pièce. L'enfant fait deux pas.
Il songe à la vaste chambre que Letizia, sa mère, avait fait vider de ses meubles pour que les enfants puissent y jouer. Il songe à la cabane de planches construite pour lui afin qu'il s'y livrât à ses calculs. Il songe aux rues qui ouvraient sur l'horizon libre et la mer.
La cellule où il va dormir a moins de deux mètres carrés. Elle ne dispose pour tout ameublement que d'un lit de sangle, d'un pot à eau et d'une cuvette. Le père Lelue, resté sur le seuil, explique que, selon le règlement, « même dans la saison la plus rigoureuse, l'élève n'aura droit qu'à une seule couverture, à moins qu'il ne soit de constitution délicate ».
Napoléon affronte le regard du principal.
Le père Lelue montre la sonnette placée à côté du lit. Les cellules sont en effet fermées au verrou de l'extérieur. En cas de besoin, l'élève doit appeler un domestique qui veille dans le corridor.
L'enfant écoute, refoule cette envie de hurler, de s'enfuir.
Chez lui, dans sa maison, on l'appelait Rabulione, celui qui touche à tout, qui se mêle de tout.
Ici, le règlement et la discipline l'enchaînent. L'élève doit quitter sa cellule dès qu'il est levé et n'y rentrer que pour dormir. Il passe sa journée en salle d'étude ou à façonner son corps. Il faut que « les élèves cultivent les jeux et surtout ceux qui sont propres à augmenter la force et l'agilité ».
