
Pour cela, dit Bonaparte, visage contracté, corps penché en avant vers son camarade, il faut en une seule fois réussir le concours qui fait accéder le cadet-gentilhomme à une école d'artillerie et celui qui permet d'obtenir le grade d'officier. Point de séjour alors dans une école d'artillerie en tant qu'élève, mais promotion directe de cadet-gentilhomme à sous-lieutenant.
C'est une gageure !
- Je le veux, dit Napoléon Bonaparte.
Cela suppose que Bonaparte connaisse l'intégralité des quatre volumes du Traité de mathématiques du professeur Bezout - que les cadets nomment familièrement le Bezout - et qu'il puisse répondre à toutes les questions de l'examinateur, Laplace, un membre éminent de l'Académie des sciences.
Bonaparte se redresse. Il va relever ce défi, apprendre son « Bezout », être à la fois reçu élève et officier d'artillerie.
Apprendre, apprendre avec fureur.
Quand Des Mazis passe quelques jours à l'infirmerie, Bonaparte s'enferme dans la chambre et ne lève plus les yeux de son traité de mathématiques. Qu'importent les autres matières, les fautes d'orthographe, le latin, la grammaire, l'allemand ?
Le professeur de langue allemande, Baur, juge Bonaparte à l'aune de ses résultats dans cette matière.
Lorsqu'en septembre 1785, pendant la période d'examen, il constate l'absence de Bonaparte, il interroge ses camarades. On lui répond que Bonaparte concourt pour le grade de sous-lieutenant d'artillerie.
- Il sait donc quelque chose ? questionne Baur.
- Comment ? lui répond-on. C'est l'un des plus forts mathématiciens de l'école.
- Eh bien, dit l'Allemand, j'avais toujours pensé que les mathématiques n'allaient qu'aux bêtes.
Bonaparte néglige aussi les cours de danse. Il se désintéresse de la bonne éducation et des belles manières qu'on enseigne également à l'École Militaire de Paris dans le souci de conforter l'excellence et le prestige de la noblesse.
