Mais si, à Valence, la vie de Bonaparte est la plus douce qu'il ait jamais connue depuis qu'enfant il est arrivé en France, c'est qu'il est dans une ville qui appartient déjà à ce Sud, et que les gens de cette région sont des Méridionaux accueillants.

Corse ? lui demande-t-on.

Il est sur ses gardes. Il répond d'une inclination de tête.

Mais on le félicite pour son origine, on trouve que son accent encore teinté de sonorités italiennes rend la conversation plus attachante. On l'introduit dans la bonne société de la ville.

Il fait effort pour plaire, prenant des cours de danse et de maintien. Il reste maladroit et gauche. Cependant, il regarde ces nobles français dont l'élégance et la désinvolture, le brillant des manières et de la conversation paraissent innés.

Son uniforme est souvent froissé, plissé par les mouvements brusques de son corps. Son cou est enveloppé par une cravate tortillée. Ses tempes sont dissimulées par de longs cheveux plats tombant jusqu'aux épaules.

Il y a quelque chose de rustre et d'anguleux en lui. Pas de rondeur et de grâce, mais un mélange de timidité, de sauvagerie et de brusquerie dans le propos et dans l'allure.

Pourtant on le reçoit chez Jacques Tardivon, ancien prieur de la Platière et abbé général de l'ordre de Saint-Ruf, à qui l'évêque d'Autun, Mgr de Marbeuf, l'a recommandé, présentant Bonaparte comme un jeune officier de grand avenir et l'un de ses protégés.

M. de Tardivon l'accueille en son salon de l'hôtel de Saint-Ruf qui réunit la noblesse valentinoise.

Bonaparte, en uniforme, en impose, malgré son allure. Son silence intrigue. Son regard attire. Quand le beau-frère de M. de Tardivon, M. de Josselin, familier de l'hôtel de Saint-Ruf et ancien lieutenant-colonel du régiment d'infanterie d'Artois, l'interroge, Bonaparte répond brièvement, mais cette économie de mots retient l'attention.



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