
Desaix arrive, annonce-t-il.
Sera-ce que la Fortune sourit à nouveau ?
La division Desaix, avec ses batteries, ses cavaliers, apparaît « comme une forêt que le vent fait vaciller ». Marmont rassemble les canons qui restent et qui ouvrent aussitôt le feu. Les grenadiers de Desaix sont dissimulés derrière des haies. Tout se joue à cet instant.
Napoléon donne l'ordre à la cavalerie de Kellermann, qui se trouve à l'aile gauche, de charger. Les 600 chevaux s'élancent, faisant trembler le sol. Les canons de Marmont tirent à mitraille. Les grenadiers de Desaix font un feu de salve puis s'élancent à leur tour. Desaix tombe parmi les innombrables morts. Mais les Autrichiens, surpris alors qu'ils pensaient la victoire acquise, s'enfuient ou se rendent avec à leur tête le général Zach.
Napoléon reste seul, longtemps.
Six mille Français sont tombés dans la plaine de Marengo. Mais la victoire va faire rentrer dans leur trou tous ceux qui à Paris devaient attendre et espérer ma mort.
- Général, dit Bourrienne enthousiaste, voilà une belle victoire, vous devez être satisfait ?
Satisfait ? Quel mot étrange. Desaix est mort. « Ah, si j'avais pu l'embrasser après la bataille, que cette journée eût été belle. » Et la Fortune, avant de me combler, s'est montrée incertaine.
Et cependant je suis satisfait. Cette victoire est mienne. Il suffit d'en dicter le récit tel qu'elle aurait dû être.
Le 15 juin, Napoléon attend à son quartier général. Le général Zach et le prince Lichtenstein se présentent, respectueux, vaincus.
