— J'ai promis à la mère d'Elizabeth que je passerais les voir.

— Voyons, Beck…

Sur le point de protester, Shauna s'est reprise.

— Et après?

— C'est bon.

Elle m'a empoigné le bras.

— Tu es en train de disparaître à nouveau, Beck.

Je n'ai pas répondu.

— Je t'aime, tu sais. Sérieusement, si tu étais un tant soit peu attirant, je t'aurais choisi toi, plutôt que ta sœur.

— Je suis flatté. Vraiment.

— Ne te coupe pas de moi. Si tu te coupes de moi, tu te coupes du monde entier. Parle-moi, d'accord?

— D'accord.

Mais j'en étais incapable.


J'ai failli effacer l'e-mail.

J'en reçois tellement, des e-mails bidon, de la pub et autres conneries, que je suis devenu un as de la touche d'effacement. Je lis l'adresse de l'expéditeur d'abord. Si c'est une connaissance ou bien quelqu'un de l'hôpital, parfait. Sinon, je clique avec enthousiasme sur « Effacer ».

Je me suis installé derrière mon bureau pour consulter l'agenda de l'après-midi. C'était plein à craquer, ce qui ne m'a guère surpris. J'ai pivoté sur mon fauteuil, le doigt en l'air. Un seul e-mail. Celui qui tout à l'heure avait fait brailler Homer. J'ai parcouru la fenêtre des yeux: les deux premières lettres de l'objet m'ont stoppé net.

Non mais, qu'est-ce qui…?

À la manière dont la fenêtre était formatée, on ne voyait que ces deux lettres et l'adresse de l'expéditeur. Une adresse qui ne m'était pas familière. Un tas de chiffres @comparama.com.

Plissant les yeux, j'ai cliqué sur la flèche de défilement de droite. L'objet est apparu, un caractère à la fois. À chaque clic, mon pouls s'accélérait un peu plus. Ma respiration me jouait des tours. Le doigt sur la souris, j'ai attendu.

Quand toutes les lettres se sont matérialisées, j'ai relu l'objet, et alors mon cœur a cogné sourdement dans ma poitrine.



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