
Il l’avait trouvée, un soir de pluie, dans une galerie de jeux.
Dans la lueur des spectres qui brûlaient à travers la brume bleue de la fumée de cigarettes, des hologrammes du « Château du magicien », de la « Guerre de blindés en Europe », des « Gratte-ciel de New York »… Et voilà qu’il se souvenait d’elle ainsi, baignée de la mouvante lumière laser, les traits réduits à un code : éclats d’écarlate sur les pommettes tandis que brûle le Château du magicien, le front baigné d’azur lorsque Munich tombe dans la Guerre des blindés, la bouche effleurée d’or brûlant quand le curseur glissant arrache des étincelles aux parois du canyon entre les gratte-ciel. Il planait sec cette nuit, avec une brique de la kétamine de Gage en route pour Yokohama et le fric déjà dans la poche. Il arrivait de sous la pluie tiède qui grésillait sur le pavé de Ninsei et, d’une certaine manière, il ne pouvait voir qu’elle, un visage parmi d’autres devant les consoles, absorbée dans la partie qu’elle jouait. L’expression sur ses traits, à ce moment-là, avait été celle qu’il devait découvrir, des heures plus tard, sur son visage assoupi dans un cercueil du côté du port, le trait de la lèvre supérieure pareil à celui que les enfants dessinent pour figurer un oiseau en plein vol.
Traversant la galerie pour la rejoindre, toujours allumé par le marché qu’il venait de réaliser, il la vit lever la tête. Des yeux gris bordés de rimmel noir. Les yeux de quelque animal cloué dans le faisceau des phares d’une voiture.
