Laseconde nuit de la traversée, alors qu’on ne voyait même plus les lumières dela côte irlandaise, Barry, le maître d’équipage, entra comme un fou dans lacabine du commandant et le réveilla, en disant qu’il fallait absolument qu’il viennevoir. Le commandant jura, mais alla voir.

Sallede bal des premières.

Lumièreséteintes.

Silhouettesen pyjama, debout, à l’entrée. Passagers tirés de leurs cabines.

Etaussi des marins, et trois gars tout noirs montés de la salle des machines, etmême Truman, le radio.

Silencieux,tous, à regarder.

Novecento.

Ilétait assis sur le tabouret du piano, les jambes pendantes, elles ne touchaientmême pas le sol. Et, aussi vrai que Dieu est vrai, il était en train de jouer.

(Commenceune musique enregistrée pour piano, plutôt simple, lente, séduisante.)

Il jouait je ne sais quelle diable de musique, petite,mais... belle. Pas de trucage, c’était vraiment lui qui jouait, c’étaient sesmains à lui, sur ce clavier, Dieu sait comment. Et il fallait entendre ce quien sortait. Il y avait une dame, en robe de chambre, rose, avec des espèces depinces dans les cheveux... le genre bourrée de fric, si vous voyez ce que jeveux dire, une Américaine mariée avec un assureur... eh bien, elle avait degrosses larmes, ça coulait sur sa crème de nuit, elle regardait et ellepleurait, elle ne pouvait plus s’arrêter. Quand elle vit le commandant à côté d’elle,bouillant de surprise, mais bouillant, littéralement, quand elle le vit à côtéd’elle, avec un reniflement, la grosse dame riche, je veux dire, elle montra lepiano et en reniflant, elle demanda :

« S’appelle comment ?

— Novecento.

— Pas la chanson, le petit garçon.

— Novecento.

— Comme la chanson ? »



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