
Sur laquelle Dieu danserait, s’il était nègre.
(Lecomédien sort de scène. Commence alors une musique dixie, très gaie etabsolument idiote. Le comédien revient sur scène, vêtu d’un élégant uniforme dejazzman de paquebot. À partir de ce moment, il se comporte comme si l’orchestreétait, physiquement, sur la scène.)
Ladies and Gentlemen, meine Damen und Herren,Signore e Signori,Mesdames et Messieurs, bienvenue sur ce navire, bienvenue sur cette villeflottante, copie conforme en tous points du Titanic, on se calme, on resteassis, le monsieur là-haut touche du bois, je le vois, bienvenue sur l’Océan,donc, et d’ailleurs qu’est-ce que vous faites là ?, c’était un pari, vousaviez les créanciers aux fesses, vous êtes en retard de trente ans sur la ruéevers l’or, vous vouliez visiter le bateau et vous ne vous êtes pas aperçus qu’ilétait parti, vous étiez juste sortis pour acheter des allumettes, en ce momentvotre femme est chez les flics, elle dit pourtant c’était un type bien, tout àfait normal, trente ans de mariage et pas une dispute... Bref, qu’est-ce quevous pouvez bien fiche ici, à trois cents milles de n’importe quel bon dieu demonde et à deux minutes du prochain dégueulis ? Pardonnez-moi, Madame, jeplaisantais, ne vous inquiétez pas, ce navire file telle une boule sur lebillard de l’Océan, tchac,plus que six jours, deux heures et quarante-sept minutes, et blop, dans le trou, NewYoooooork !
