
LE DUC. – L’affirmer n’est pas le prouver: il faut des témoins plus certains et plus clairs que ces légers soupçons et ces faibles vraisemblances fondées sur des apparences frivoles, que vous fournissez contre lui.
PREMIER SÉNATEUR. – Mais, vous, Othello, parlez, avez-vous par des moyens iniques et violents soumis et empoisonné les affections de cette jeune fille? ou l’avez-vous gagnée par la prière, et par ces questions permises que le cœur adresse au cœur?
OTHELLO. – Envoyez-la chercher au Sagittaire, seigneurs, je vous en conjure, et laissez-la parler elle-même de moi devant son père. Si vous me trouvez coupable dans son récit, non-seulement ôtez-moi la confiance et le grade que je tiens de vous; mais que votre sentence tombe sur ma vie même.
LE DUC. – Qu’on fasse venir Desdémona.
(Quelques officiers sortent.)
OTHELLO. – Enseigne, conduisez-les: vous connaissez bien le lieu. (Jago s’incline et part.) Et en attendant qu’elle arrive, aussi sincèrement que je confesse au ciel toutes les fautes de ma vie, je vais exposer à vos respectables oreilles comment j’ai fait des progrès dans l’amour de cette belle dame, et elle dans le mien.
LE DUC. – Parlez, Othello.
OTHELLO. – Son père m’aimait; il m’invitait souvent: toujours il me questionnait sur l’histoire de ma vie, année par année, sur les batailles, les siéges où je me suis trouvé, les hasards que j’ai courus.
