
Cher Monsieur, ce n’est pas mon Gars, ce n’est pas moi-même, c’est ma cause, une cause que je défends. Ne confondez donc pas!
Si Vous m’indiquez tel ou tel endroit obscur — ou non réussi — ou mal-sonnant — je ne Vous en serai que reconnaissante — surtout en ma qualité d’étrangère. Je peux rimer mal — d’accord, mais que la rime soit en elle-même un mal — cela, je ne Vous l’accorderai jamais.
(Oh, surtout ne Vous fâchez pas! Si je m’emporte ainsi — ce que j’ai confiance —)
Votre livre. Savez-Vous qu’il me rappelle beaucoup Rilke, le Rilke des Cahiers. Votre livre — un coeur mis-à-nu, sans la defence de la forme, Votre livre — dit, non écrit et par conséquent senti, ouï, non lu. Je l’ai relu trois fois. Il y a aussi beaucoup de moi dans Votre livre (le cas de croire sur parole!) je me reconnais presqu’à chaque page, surtout dans Etre un Homme — et surtout dans:
Et si tu vas un jour chez ceux qui ont de l’or —
et surtout dans:
— Sans que leur voix se trouble ordonnant
qu’on les serve
— surtout dans ce serve, qui, ici, a le poids du substantif, que j’aurais mis, moi, en ithaliques, que j’ai lu, moi, en ithaliques.
(«Madame e<s>t servie», celle qui le dit et celle qui l’est n’y pensent pas, mais Vous — moi — poètes — ouïe prolongée — y pensons pour elles: — servie par mes deux mains — ses deux mains dorées diamantées et oisives — par ces deux miennes, etc. C’est bien cela?)
L’auberge, c’est tout à fait Rilke, Histoires du Bon Dieu, son dedans des choses. Si je dis Rilke — ça veut dire fraternité. Faire du R<ilke> est impossible, on naît, on est R<ilke>. (On ne naît pas Rilke. 5 Août 1938 — en copiant.) Vous êtes, dans ce livre d’amour, son frère en humanité, son «frères humains…», son frère-arbre, frère-loup.
