Elle prit dans le tiroir quelques spécimens d’affiches différentes, toutes écrites à la machine, et en lut une:

… 18…

«À Jacob Fuller… Vous avez… jours pour régler vos affaires. Vous ne serez ni tourmenté ni dérangé pendant ce temps qui expirera à… heures du matin le… 18… À ce moment précis il vous faudra déménager. Si vous êtes encore ici à l’heure que je vous fixe comme dernière limite, j’afficherai votre histoire sur tous les murs de cette localité, je ferai connaître votre crime dans tous ses détails, en précisant les dates et tous les noms, à commencer par le vôtre. Ne craignez plus aucune vengeance physique; dans aucun cas, vous n’aurez à redouter une agression. Vous avez été infâme pour un vieillard, vous lui avez torturé le cœur. Ce qu’il a souffert, vous le souffrirez à votre tour.»

– Tu n’ajouteras aucune signature. Il faut qu’il reçoive ce message à son réveil, de bonne heure, avant qu’il connaisse la prime promise, sans cela, il pourrait perdre la tête et fuir sans emporter un sou.

– Je n’oublierai rien.

– Tu n’auras sans doute besoin d’employer ces affiches qu’au début; peut-être même une seule suffira. Ensuite, lorsqu’il sera sur le point de quitter un endroit, arrange-toi pour qu’il reçoive un extrait du message commençant par ces mots: «Il faut déménager, vous avez… jours.» Il obéira, c’est certain.

III

EXTRAITS DE LETTRES À SA MÈRE

Denver, 3 avril 1897.

Je viens d’habiter le même local que Jacob Fuller pendant plusieurs jours. Je tiens sa trace maintenant; je pourrais le dépister et le suivre à travers dix divisions d’infanterie. Je l’ai souvent approché et l’ai entendu parler. Il possède un bon terrain et tire un parti avantageux de sa mine; mais, malgré cela, il n’est pas très riche. Il a appris le travail de mineur en suivant la meilleure des méthodes, celle qui consiste à travailler comme un ouvrier à gages. Il paraît assez gai de caractère, porte gaillardement ses quarante-quatre ans; il semble plus jeune qu’il n’est, et on lui donnerait à peine trente-six ou trente-sept ans. Il ne s’est jamais remarié et passe ici pour veuf. Il est bien posé, considéré, s’est rendu populaire et a beaucoup d’amis. Moi-même j’éprouve une certaine sympathie pour lui; c’est évidemment la voix du sang qui crie en moi!



9 из 111