Et, après tout, qu’y avait-il pour le retenir ici ? Un royaume de trois kilomètres de large sur deux cent cinquante de long, presque entièrement submergé pendant la saison des crues et menacé de chaque côté par des voisins plus puissants qui toléraient son existence uniquement parce qu’elle les empêchait de se livrer une guerre perpétuelle.

Oh, le Jolhimôme

Ses ancêtres s’étaient passionnés pour les pyramides. Pas le pharaon. Les pyramides avaient mené le pays à la faillite, l’avaient davantage mis à sec que ne l’avait jamais fait le fleuve.

La seule malédiction qu’on avait les moyens de s’offrir sur une tombe ces temps-ci, c’était : « Caltez ! »

Il n’appréciait qu’un seul genre de pyramides : les toutes petites au fond du jardin, celles qu’on bâtissait à chaque fois que mourait un chat.

Il avait promis à la mère de son fils.

Artela lui manquait. Ç’avait fait tout un ramdam lorsqu’il avait voulu prendre femme hors du royaume, et certaines manières étrangères d’Artela l’avaient intrigué et fasciné, même lui. C’était peut-être à elle qu’il devait son étrange dégoût des pyramides ; dans le Jolhimôme, autant se dégoûter de respirer. Mais il avait promis que Pteppic irait à l’école hors du royaume. Elle avait insisté là-dessus. « On n’apprend jamais rien dans ce pays, avait-elle déclaré. On ne fait que se souvenir. »

Si seulement elle s’était souvenue qu’il ne fallait pas nager dans le fleuve…

Il regarda deux serviteurs charger la malle de Teppic sur le carrosse et pour la première fois, pour autant qu’ils se le rappelaient l’un et l’autre, il posa une main paternelle sur l’épaule de son fils.



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