
Ils vont sûrement nous éclairer sur ce que nos ancêtres penseraient s’ils vivaient aujourd’hui. On s’interroge souvent à ce propos. Approuveraient-ils la société moderne ? se demande-t-on, s’émerveilleraient-ils devant les réalisations actuelles ? Et bien sûr on oublie un détail essentiel. Ce que nos ancêtres penseraient réellement s’ils vivaient aujourd’hui, c’est : « Pourquoi il fait si noir là-dedans ? »
* * *
Dans la fraîcheur de l’aube de la vallée fluviale, le grand prêtre Dios ouvrit les yeux. Il ne dormait pas, ces temps-ci. Il ne se rappelait pas quand il avait dormi pour la dernière fois. Le sommeil ressemblait trop à l’autre chose, et de toute façon il n’en avait apparemment pas besoin. S’allonger lui suffisait – du moins, s’allonger ici. Les poisons de la fatigue s’estompaient, comme le reste. Pour un temps.
Assez longtemps, en tout cas.
D’un balancement de jambes il se leva du bloc de pierre de la petite chambre. Sans que son cerveau le lui souffle vraiment, sa main saisit inconsciemment le bourdon de sa charge entrelacé de serpents. Il s’arrêta pour tracer une autre marque sur le mur, ramena sa robe autour de lui et descendit d’un pas élégant le passage en pente faible pour sortir à la lumière du jour, tandis que les paroles de l’Invocation du Soleil Nouveau s’ordonnaient déjà dans sa tête. La nuit était oubliée, la journée s’annonçait. Il y avait beaucoup de recommandations et de conseils judicieux à donner, et Dios n’existait que pour servir.
Dios n’avait pas la chambre la plus étonnante du monde. Seulement la chambre la plus étonnante d’où l’on était jamais sorti sur ses jambes.
