
Une silhouette se découpait dans les derniers reflets du soleil couchant. Teppic marqua une pause près d’une gargouille particulièrement repoussante pour décider de la marche à suivre.
Une rumeur de classe bien ancrée voulait que s’il inhumait son examinateur avant l’épreuve, il était automatiquement reçu. Il dégagea un couteau de jet numéro trois de son étui de cuisse et le soupesa d’un air songeur. Évidemment, toute tentative, tout mouvement déclaré qui échouerait entraînerait le recalage d’office et la perte immédiate de ses privilèges
* * *
La silhouette était parfaitement immobile. Les yeux de Teppic panoramiquèrent sur le dédale de cheminées, de gargouilles, de puits de ventilation, de passerelles et d’échelles qui composaient le décor des toits de la ville.
D’accord, songea-t-il. C’est un genre de mannequin. Je suis censé l’attaquer, ce qui veut dire qu’il me surveille d’une autre cachette.
Est-ce que je vais pouvoir le repérer ? Non.
D’un autre côté, il veut peut-être me faire croire que c’est un mannequin. Sauf s’il a aussi prévu ça…
Il s’aperçut qu’il tambourinait des doigts sur la gargouille et s’empressa de se ressaisir. Quelle est la bonne marche à suivre dans ces cas-là ?
Une bande de fêtards traversa en titubant une flaque de lumière dans la rue loin en dessous.
Teppic rengaina son couteau et se leva.
« M’sieur, dit-il, je suis ici. »
Une voix sèche près de son oreille, plutôt indistincte, lui répondit :
« Très bien. »
Teppic regarda fixement droit devant lui. Méricet lui apparut sous le nez en essuyant de la poussière grise de sa figure émaciée. Il sortit de sa bouche un bout de tuyau qu’il jeta de côté, puis tira une écritoire à pince de son manteau. Méricet était emmitouflé même par cette chaleur. Le genre de type à geler dans un volcan.
