
La seule chose possible dans cet établissement à la flan, c’est le café filtre. Je m’en expédie deux, coup sur coup, dans l’œsophage, car je sens que je vais en avoir rudement besoin dans un proche avenir. Après quoi, je règle la note à contrecœur.
Jusqu’ici je n’ai encore rien décidé quant à la conduite à tenir.
Et si je m’y mettais ?
CHAPITRE IV
Je connais la musique
Il n’y a pas besoin d’avoir fait ses études à la Sorbonne pour comprendre que, dans le cas qui m’intéresse, la seule chose intelligente à faire, c’est d’aller fouiner du côté de la rue Paradis. On a beau dire, mais le lieu du crime est toujours capital dans une enquête, même si, contrairement à la légende, l’assassin ne vient pas, avec un casse-croûte et un bouquin de cinq cents pages, attendre que le flic maison rapplique pour lui passer les menottes.
Me voilà donc sur la Canebière. Je me laisse porter un moment par la foule. Puis j’oblique sur la gauche. Je bifurque dans des rues étroites qui sentent le poisson, le patchouli et le parfum de Prisunic. Je trouve enfin cette fameuse rue Paradis où des colombophiles s’offrent des concessions à bon marché. Je n’ai pas à arpenter beaucoup pour trouver la tombe du monsieur de la morgue. Une lanterne rouge éclaire une pancarte sur laquelle est écrit : « Attention au chantier ! »
Tu parles qu’il faut y faire attention à ce chantier-là ! La voirie a le sens de l’humour. Je connais un contribuable qui aurait eu de bonnes raisons pour s’inquiéter de l’écriteau il y a huit mois. Peut-être que ça lui aurait donné à réfléchir, et qu’il ne serait pas en ce moment en train de s’expliquer avec saint Pierre. Mais enfin, c’est la destinée. Et j’ai pas à crâner, parce qu’il se pourrait qu’un jour on retrouve aussi ma carcasse dans un tout-à-l’égout…
