
Le directeur secoue la tête gentiment. Il ouvre son dossier et y prend une enveloppe dont il vide le contenu sur son bureau. Un petit tube de Celluloïd tombe sur le sous-main.
— Voilà pourquoi vous êtes ici, assure-t-il en faisant rouler le minuscule objet au bout du doigt.
Je le regarde d’un œil éperdu, parce que, franchement, je ne comprends pas en quoi ce tube justifie mon entrée dans la danse.
— Le type, poursuit mon interlocuteur, n’a pu être identifié, son signalement a été transmis au service des disparitions, mais ça n’a encore rien donné. Il faut dire aussi que ce signalement-là est bien imprécis. (Il pousse un petit rire cynique.) Le corps ne révèle aucun signe particulier, c’est celui d’un homme adulte d’une quarantaine d’années, de taille normale. Il possède une denture impeccable, donc il n’y a rien à chercher du côté des dentistes. Mais… car dans toutes les affaires, heureusement pour les policiers, il y a un mais, le mort avait ce tube dans la bouche.
Je me penche sur le bureau. Je vois que l’engin en question ressemble à un étui de mines.
— Vous savez ce que c’est ? me demande le grand patron.
Je vais pour dire non, puis voilà que tout à coup, je pige.
— J’y suis ! C’est un étui pour messages par pigeons voyageurs.
— Exactement !
— Alors, vous croyez à une affaire d’espionnage ?
— Je ne crois à rien… C’est une indication…
— Fragile…
Il fronce les sourcils.
— Fragile, oui, je vous l’accorde. Mais caractéristique tout de même. Vous conviendrez que la présence de cet objet dans la bouche de mon bonhomme est pour le moins singulière. Par ailleurs, la disparition de cet homme n’ayant pas été signalée, j’ai tout lieu de croire qu’il s’agit d’une affaire de votre ressort.
C’est un peu mon avis.
