Après quoi, toujours sur le ton de l’amitié, je lui conseille de me ramener une drogue plus sérieuse, s’il ne veut pas que je lui fasse manger la pomme d’escalier. Cette fois il comprend illico la différence qu’il y a entre mon gosier et une sulfateuse. Il me ramène un flacon de véritable, je le débouche et je me fais un bon lavage d’estomac. Et puis, je me couche. De toute façon, il n’y a pas urgence. Le macchabée ne se sauvera pas de la morgue, et si celui qui lui a fait avaler son extrait de naissance n’a pas eu le temps, en huit mois, de se faire naturaliser papou ou esquimau, c’est qu’il s’agit d’une superbe nave, auquel cas il doit m’attendre au café voisin.

Je plonge dans le sommeil la tête la première.

*

Je me réveille vers la fin de l’après-midi. J’ai la bouche triste comme si j’avais mangé un édredon. Pour combattre ce malaise, j’empoigne la bouteille et je lui dis deux mots dans le tuyau du goulot. À ce moment-là, je m’épanouis comme un massif de glaïeuls en été. Mes idées se remettent en place comme les chevaux savants du cirque Bouglione. Je m’habille, je m’envoie un coup de vaporisateur, au cas où je rencontrerais une dame qui aurait perdu son chemin, et je décide de rendre une petite visite de politesse au zèbre de la morgue qui prend la rue Paradis pour le Père-Lachaise.

Croyez-moi, ou ne me croyez pas, le spectacle n’a rien de folichon. Le pauvre garçon fait une drôle de tête, si l’on peut dire, car maintenant il ne ressemble pas à grand-chose. J’ai beau le regarder, je n’en apprends pas plus sur son identité que si j’examinais une collection de caméléons empaillés. Cette enquête me promet bien de la volupté. Et d’abord de quoi est-il mort ? Je pense tout à coup que le directeur de la Sûreté a oublié de me le dire. Je pose la question qui me tracasse au gardien-chef.



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