Mais cette décision entraîna d’autres problèmes. Si l’Endeavour se posait, fût-ce à quelques mètres de l’axe, la rapide giration de Rama le ferait glisser de plus en plus loin du pôle. La force centrifuge, d’abord très faible, ne cesserait de s’exercer constamment, inexorablement. Le commandant Norton ne goûtait guère l’idée de voir son vaisseau entraîné sur la surface de la plaine polaire, prenant continuellement de la vitesse jusqu’à être projeté dans l’espace à la vitesse de mille kilomètres à l’heure au moment où il atteindrait le bord du disque.

Peut-être le champ gravitationnel très réduit de Rama — un millième environ de celui de la Terre — préviendrait-il cela. Avec une force de plusieurs tonnes, elle maintiendrait l’Endeavour au sol, et pour peu que la surface fût assez rugueuse, le vaisseau ne s’éloignerait pas du pôle. Mais le commandant Norton n’avait pas envie de mettre en balance une force de frottement inconnue avec une autre, centrifuge, absolument certaine.

Par bonheur, ceux qui avaient construit Rama avaient fourni la réponse. Figurant les sommets d’un triangle équilatéral autour de l’axe polaire, se trouvaient trois pylônes bas, épais chacun d’environ dix mètres. Il suffisait que l’Endeavour se posât entre deux d’entre eux pour que la dérive centrifuge se trouvât contenue par eux, qui la maintiendraient fermement, comme un navire plaqué contre le quai par la houle du large.

— Contact dans quinze secondes, dit Joe.

Concentré au-dessus des commandes jumelées qu’il espérait n’avoir pas à toucher, le commandant Norton comprit tout ce qui, convergeant ici, allait se jouer en cet instant. Ce débarquement serait certainement le plus mémorable depuis le premier alunissage, un siècle et demi plus tôt.



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