
On ne savait que deux choses de Rama : son orbite inhabituelle, et sa taille approximative. Celle-ci n’était elle-même qu’une hypothèse fondée sur la force de l’écho radar. Au télescope, Rama apparaissait toujours comme une étoile faible, de quinzième magnitude, beaucoup trop petite pour présenter un disque visible. Mais, dans sa plongée qui le précipitait au cœur du système solaire, il irait croissant, au fil des mois, en luminosité et en surface. Avant qu’il ne s’évanouît pour toujours, les observatoires orbitaux auraient la possibilité de réunir des renseignements plus précis sur sa forme et sa taille. Le temps ne manquait pas, et il n’était pas impossible qu’au cours des quelques années à venir, un vaisseau en mission ordinaire pût être dirigé sur le nouveau venu pour en prendre de bonnes photographies. Un rendez-vous réel était des plus invraisemblables. Le coût en énergie serait bien trop élevé, qui permettrait le contact physique avec un objet coupant les orbites des planètes à plus de cent mille kilomètres à l’heure.
Le monde oublia donc bientôt Rama. Le monde, mais pas les astronomes. Leur effervescence grandissait à mesure que les mois passaient, à mesure que le nouvel astéroïde leur offrait un nombre croissant d’énigmes.
En tout premier lieu, il y avait le problème de la courbe lumineuse de Rama. Il n’en avait pas.
Tous les astéroïdes connus présentaient sans exception une lente variation de leur brillance, qui culminait puis décroissait selon une période de quelques heures. On avait admis depuis plus de deux siècles que c’était le résultat inévitable de leur rotation conjuguée à leur forme irrégulière. Tandis qu’ils culbutaient sans fin leurs orbites, les surfaces réfléchissantes qu’ils présentaient au soleil changeaient sans cesse, faisant donc varier leur brillance.
Rama ne présentait aucune de ces alternances. Ou bien il ne tournait pas sur lui-même, ou bien il était parfaitement symétrique. Les deux explications semblaient également invraisemblables.