
Roméo. – Paix, paix, Mercutio, paix. Tu nous parles de riens!
Mercutio. – En effet, je parle des rêves, ces enfants d'un cerveau en délire, que peut seule engendrer l'hallucination, aussi insubstantielle que l'air, et plus variable que le vent qui caresse en ce moment le sein glacé du nord, et qui, tout à l'heure, s'échappant dans une bouffée de colère, va se tourner vers le midi encore humide de rosée!
Benvolio. – Ce vent dont vous parlez nous emporte hors de nous-mêmes: le souper est fini et nous arriverons trop tard.
Roméo. – Trop tôt, j'en ai peur! Mon âme pressent qu'une amère catastrophe, encore suspendue à mon étoile, aura pour date funeste cette nuit de fête, et terminera la méprisable existence contenue dans mon sein par le coup sinistre d'une mort prématurée. Mais que celui qui est le nautonier de ma destinée dirige ma voile!… En avant, joyeux amis!
