Montague. – Voilà bien des matinées qu'on l'a vu là augmenter de ses larmes la fraîche rosée du matin et à force de soupirs ajouter des nuages aux nuages. Mais, aussitôt que le vivifiant soleil commence, dans le plus lointain Orient, à tirer les rideaux ombreux du lit de l'Aurore, vite mon fils accablé fuit la lumière; il rentre, s'emprisonne dans sa chambre, ferme ses fenêtres, tire le verrou sur le beau jour et se fait une nuit artificielle. Ah! cette humeur sombre lui sera fatale, si de bons conseils n'en dissipent la cause.


Benvolio. – Cette cause, la connaissez-vous, mon noble oncle?


Montague. – Je ne la connais pas et je n'ai pu l'apprendre de lui.


Benvolio. – Avez-vous insisté près de lui suffisamment?


Montague. – J'ai insisté moi-même, ainsi que beaucoup de mes amis; mais il est le seul conseiller de ses passions; il est l'unique confident de lui-même, confident peu sage peut-être, mais aussi secret, aussi impénétrable, aussi fermé à la recherche et à l'examen que le bouton qui est rongé par un ver jaloux avant de pouvoir épanouir à l'air ses pétales embaumés et offrir sa beauté au soleil! Si seulement nous pouvions savoir d'où lui viennent ces douleurs, nous serions aussi empressés pour les guérir que pour les connaître.


Roméo paraît à distance.


Benvolio. – Tenez, le voici qui vient. Éloignez-vous, je vous prie; ou je connaîtrai ses peines, ou je serai bien des fois refusé.


Montague. – Puisses-tu, en restant, être assez heureux pour entendre une confession complète!… Allons, madame, partons! (Sortent Montague et lady Montague.)



7 из 101