
Le second étage fut plus long, sans agrément. La femme s’abandonnait, se faisait plus lourde à mesure. Le fer de ses pendeloques, qui d’abord le caressait d’un chatouillement, entrait peu à peu et cruellement dans sa chair.
Au troisième, il râlait comme un déménageur de piano; le souffle lui manquait, pendant qu’elle murmurait, ravie, la paupière allongée: «Oh! m’ami, que c’est bon… qu’on est bien…» Et les dernières marches, qu’il grimpait une à une, lui semblaient d’un escalier géant dont les murs, la rampe, les étroites fenêtres tournaient en une interminable spirale. Ce n’était plus une femme qu’il portait, mais quelque chose de lourd, d’horrible, qui l’étouffait, et qu’à tout moment il était tenté de lâcher, de jeter avec colère, au risque d’un écrasement brutal.
Arrivés sur l’étroit palier: «Déjà…» dit-elle en ouvrant les yeux. Lui pensait: «Enfin!…» mais n’aurait pu le dire, très pâle, les deux mains sur sa poitrine qui éclatait.
Toute leur histoire, cette montée d’escalier dans la grise tristesse du matin.
II
Il la garda deux jours; puis elle partit, lui laissant une impression de peau douce et de linge fin. Pas d’autre renseignement sur elle que son nom, son adresse et ceci: «Quand vous me voudrez, appelez-moi… je serai toujours prête…»
La toute petite carte, élégante, odorante, portait:
FANNY LEGRAND
6, rue de l’Arcade
Il la mit à sa glace entre une invitation au dernier bal des Affaires étrangères et le programme enluminé et fantaisiste de la soirée de Déchelette, ses deux seules sorties mondaines de l’année; et le souvenir de la femme, resté quelques jours autour de la cheminée dans ce délicat et léger parfum, s’évapora en même temps que lui, sans que Gaussin, sérieux, travailleur, se méfiant par-dessus tout des entraînements de Paris, eût eu la fantaisie de renouveler cette amourette d’un soir.
