
– Bonjour, Pierre, vous allez bien?
L'affection de Zofia pour celui qui depuis toujours veillait aux accès de la Centrale était sincère. Chaque souvenir de ce passage aux portes si convoitées y associait sa présence. N'était-ce pas à lui que l'on devait le climat paisible et rassurant qui régnait dans l'Entrée de la Demeure en dépit d'un transit intense? Même les jours de grande affluence, quand des centaines de personnes se précipitaient aux portes, Pierre, alias Zée, ne permettait jamais le désordre ou la bousculade. Le siège de la CIA ne serait vraiment pas le même sans la présence de cet être posé et attentif.
– Beaucoup de travail ces temps derniers, dit Pierre. Vous êtes attendue. Si vous souhaitez vous changer, je dois avoir votre clé de vestiaire quelque part, donnez-moi quelques secondes…
Il se mit à fouiller dans les tiroirs de la banque d'accueil et murmura:
– Il y en a tellement! Voyons, où l'ai-je mise?
– Pas le temps, Zée! dit Zofia en marchant d'un pas pressé vers le portique de sécurité.
La porte vitrée pivota. Zofia avança vers l'ascenseur de gauche, Pierre la rappela à l'ordre, lui montrant du doigt la cabine express au centre, celle qui montait directement au tout dernier étage.
– Vous êtes certain? demanda-t-elle, surprise.
Pierre hocha la tête alors que les portes s'ouvraient au son d'une clochette qui ricocha sur les murs de granit. Zofia en resta interdite quelques secondes.
– Dépêchez-vous, et bonne journée, lui dit-il avec un sourire affectueux.
Les portes se refermèrent sur elle, et la cabine s'éleva vers le dernier étage de la CIA.
*
Dans le pilier opposé de la Tour, le néon du vieux monte-charge grésillait et la lumière vacilla quelques secondes. Lucas ajusta sa cravate et tapota les revers de sa veste. Les grilles venaient de s'ouvrir.
