
– Les solutions du Conseil ont-elles réellement fait progresser l'humanité ces temps derniers? reprit Monsieur. Il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser, non? Bientôt, on ne pourra plus influencer un simple froissement d'aile de papillon… ni Lui ni Moi d'ailleurs, dit-il, désignant le mur au fond de la pièce. Si les éminents membres de mon assemblée avaient fait preuve d'un peu plus de modernité, je n'aurais pas à relever un défi aussi absurde! Mais le pari est lancé, alors il nous faut du neuf, de l'original, du brillant et, surtout, de la créativité! Une nouvelle campagne s'engage, et c'est le sort de cette maison qui est en jeu, que Diable!
On frappa aussitôt trois coups à la cloison mitoyenne, Monsieur la regarda d'un air agacé et s'assit à l'extrémité de la table. L'air malin, Il avisa Michaël.
– Montre-moi donc ce que tu caches sous ton bras!
Confus, son fidèle adjoint s'approcha et déposa devant lui une chemise cartonnée. Monsieur ouvrit le rabat et fit défiler les premiers feuillets, son œil s'éclaira, les plissements de son front dénotaient l'intérêt grandissant qu'il portait à sa lecture. Ilsouleva le dernier onglet et examina attentivement la série de photographies jointes.
Blonde, recueillie dans une allée du vieux cimetière de Prague, brune, courant le long des canaux de Saint-Pétersbourg, rousse, attentive sous la tour Eiffel, cheveux courts à Rabat, longs et dans le vent à Rome, bouclés place de l'Europe à Madrid, ambrés dans les ruelles de Tanger, elle était toujours ravissante. De face ou de profil, son visage était simplement angélique. Interrogatif, Monsieur désigna le seul cliché où l'épaule de Zofia était dénudée: un léger détail retint son attention.
– C'est un petit dessin, s'empressa de dire Michaël en croisant les doigts. Une toute petite paire d'ailes de rien du tout, une coquetterie, un tatouage… un peu moderne peut-être? Mais on peut l'effacer!
