
Sous l'impulsion du directeur de la communication, un dénommé Blaise, l'assemblée s'achemina vers l'unique porte de sortie. Resté assis, Président fit un geste de la main, rappelant Lucas à ses côtés. Accentuant son geste, il l'invita à se pencher vers lui et murmura quelque chose à son oreille que personne n'entendit. En sortant du bureau, Lucas se vit rejoindre par Blaise qui l'accompagna jusqu'aux ascenseurs.
En chemin, il lui remit plusieurs passeports, des devises, un grand trousseau de clés de voitures, et exhiba une carte de crédit de couleur platine qu'il agita sous son nez.
– Doucement avec les notes de frais, n'abusez pas!
D'un geste vif et agacé, Lucas s'empara du rectangle en plastique et renonça à serrer la main la plus adipeuse de toute l'organisation. Habitué de la chose, Blaise frotta sa paume sur le dos de son pantalon et cacha gauchement ses mains dans ses poches. Dissimuler était une des grandes spécialités de l'individu qui s'était hissé jusqu'à ce poste, non par compétence, mais par tout ce que la volonté d'ascension peut produire de fourberie et d'hypocrisie. Blaise congratula Lucas, lui dit qu'il avait pesé de tout son poids (une litote, compte tenu de sa physionomie) pour favoriser sa candidature. Lucas n’accorda pas le moindre crédit à ses propos: Blaise n’etalt à ses yeux qu'un incompétent à qui l'on avait confié la responsabilité de la communication interne, pour d'exclusives raisons de parenté.
Lucas ne prit même pas la peine de croiser ses doigts quand il promit de rendre régulièrement compte à Blaise de l'avancement de sa mission. Au sein de l'organisation qui l'employait, mystifier était le moyen le plus sûr dont disposaient les directeurs pour pérenniser leurs pouvoirs. Pour plaire à leur Président, il leur arrivait même de se mentir entre eux. Le responsable de la communication supplia Lucas de lui divulguer ce que Président avait murmuré à son oreille. Ce dernier le dévisagea avec mépris et prit congé.
