
Mathilde les avait observés tour à tour, elle intervint, agacée.
– Je vais balayer!
– Enlève ton tablier et allons-y, nous sommes tres en retard, répondit Zofia en détournant le regard.
Elle salua Lucas d'un signe de tête et entraîna sans ménagement son amie au-dehors. Sur le parking, Zofia pressa le pas. Après avoir ouvert la portière de Mathilde, elle s'installa à son tour et démarra en trombe.
– Mais qu'est-ce qui te prend? demanda Mathilde, interloquée.
– Rien du tout!
Mathilde fit pivoter le rétroviseur central.
– Regarde ta tête et reformule-moi ton rien du tout!
La voiture filait le long du port. Zofia ouvrit sa fenêtre, un air glacial envahit l'habitacle, Mathilde frissonna.
– Cet homme est terriblement grave! murmura Zofia.
– Je connaissais grand, petit, beau, gros, poilu, imberbe, laid, maigre chauve, mais grave, là je t'avoue que tu me sèches!
– Alors je te demande de me faire confiance, je ne sais même pas comment le dire moi-même. Il est triste et semblait si tourmenté… jamais je n'ai…
– Eh bien, c'est le candidat parfait pour toi qui raffoles des âmes en peine. Tu vas certainement nous faire une petite fracture du ventricule gauche!
– Ne sois pas caustique!
– Ça, c'est quand même le monde à l'envers! Je te demande un avis impartial sur un homme que je trouve craquant comme un petit Lu. Tu ne le regardes même pas, mais tu me le descends d'une fleche que Geronimo aurait pu tailler en personne. Et lorsque tu daignes enfin te retourner, tu colles tes yeux dans les siens comme une ventouse qui voudrait déboucher le lavabo de ma salle de bains. Mais, à part ça, je n'ai pas le droit d'être caustique!
