
Lucas ajusta le col de sa chemise, il avait une sainte horreur que les pans dépassent de son veston. Il contempla l'étendue du désastre tout autour de lui. Il était à peine neuf heures à sa montre, et, finalement, c'était une très belle journée qui commençait.
La tête du chauffeur de taxi reposait sur le volant, actionnant le klaxon qui résonnait à l'unisson de la corne des remorqueurs dans le port de New York, un endroit si joli quand il faisait beau comme en ce dimanche de fin d'automne. Lucas s'y rendait. De là, un hélicoptère le déposerait à l'aéroport de LaGuardia, son avion décollait dans soixante-six minutes.
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Le quai 80 du port marchand de San Francisco était désert, Zofia raccrocha lentement le combiné du téléphone et sortit de la cabine. Les yeux plissés par la lumière, elle contempla la jetée opposée. Un essaim d'hommes s'y affairait autour de gigantesques containers. De leur nacelle, les grutiers haut perchés dans le ciel dirigeaient un ballet subtil de flèches qui se croisaient à la verticale d'un immense cargo en partance pour la Chine. Zofia soupira, même douée de la meilleure volonté du monde, elle ne pouvait pas tout faire seule. Elle avait bien des dons, mais pas celui d'ubiquité.
