
– Une seule! reprit Zofia en s'adressant à lui.
– Tant mieux, dit un homme, en veston noir, qui scrutait au loin les décombres.
Le chef des pompiers haussa les épaules.
– C'est probablement un agent fédéral. Maintenant, ils arrivent presque avant nous quand ça explose quelque part, ronchonna-t-il en apposant un masque à oxygène sur le visage de 'Mathilde.
Il s'adressa à l'un de ses équipiers qui venait de les rejoindre:
– Elle a une jambe fracturée, peut-être un bras aussi, elle est inconsciente. Préviens les paramédicaux pour qu'ils l'évacuent tout de suite.
Il désigna le corps de Tran.
– Et lui là-bas, comment est-il?
– Il est trop tard! répondit l'homme au complet veston, depuis l'autre bout de la salle.
Zofia tenait Mathilde dans ses bras et tâchait d'étouffer la tristesse qui noyait sa gorge.
– Tout ça est ma faute, je n'aurais pas dû nous amener ici.
Elle regarda le ciel par la fenêtre éclatée, sa lèvre inférieure tremblotait.
– Ne la reprenez pas maintenant! Elle pouvait y arriver, elle était sur la bonne voie. Nous étions convenus de quelques mois avant de décider de quoi que ce soit. Une parole est une parole!
Étonnés, les deux ambulanciers qui s'étaient approchés d'elle lui demandèrent si tout allait bien. Elle les rassura d'un simple mouvement de la tête. Ils lui proposèrent de l'oxygène, elle n'en voulait pas. Ils la prièrent alors de s'écarter, elle recula de quelques pas et les deux sauveteurs déposèrent Mathilde sur une civière et se dirigèrent aussitôt vers la sortie. Zofia avança jusqu'à ce qui restait de la baie vitrée. Elle ne quitta pas des yeux le corps de son amie qui disparaissait dans l'ambulance. Les tourbillons des gyrophares rouges et orange de l'unité 02 s'estompèrent au son de la sirène qui s'éloignait vers le San Francisco Memorial Hospital.
