
— Et toute cette conscience collective se satisfait-elle de m’utiliser comme une boîte noire ? Puisque la boîte noire fonctionne, quelle importance de savoir ce qu’il y a dedans ? Pas d’accord. Je n’ai aucun plaisir à jouer les boîtes noires. Moi, je veux savoir ce qu’il y a dedans. Je veux savoir comment et pourquoi j’ai choisi comme avenir Gaïa et Galaxia ; à ce prix seul je pourrai me reposer, être en paix.
— Mais pourquoi votre décision vous déplaît-elle à ce point ? Pourquoi refuser de s’y fier ? »
Trevize prit une profonde inspiration puis répondit, lentement, d’une voix grave et forcée : « Parce que je n’ai pas envie de faire partie d’un super-organisme. Je n’ai pas envie d’être un élément à jeter dont le super-organisme peut se débarrasser si jamais il juge la chose utile au bien commun. »
Dom considéra Trevize, l’air pensif. « Voulez-vous modifier votre décision, Trev, alors ? Vous le pouvez, vous savez.
— J’aimerais changer de décision mais je ne peux le faire pour la seule raison qu’elle me déplairait. Avant de faire quoi que ce soit, désormais, je dois savoir si ma décision est juste ou non. Une simple impression ne me suffit pas.
— Si vous avez l’impression d’avoir raison, vous avez raison. » Toujours cette voix lente et douce qui, d’une certaine manière, horripilait encore plus Trevize par son contraste avec son propre tourment intérieur.
Enfin Trevize répondit, dans un demi-soupir, sortant de l’oscillation insoluble entre impression et certitude : « Je dois retrouver la Terre.
— Parce qu’elle a un rapport avec votre besoin passionné de savoir ?
— Parce qu’elle représente un autre problème qui me trouble de manière insupportable et parce que j’ai l’impression qu’il existe un rapport entre les deux. Ne suis-je pas une boîte noire ? J’ai le net sentiment qu’il existe un rapport. Ça ne vous suffit pas pour admettre la chose comme un fait établi ?
