— Qu’est-ce que tu me chantes là ? » fit le cuisinier, l’air méfiant. Il était à cran. Lorsqu’il avait monté le petit-déjeuner dans la grand-salle, il avait eu l’impression que quelque chose essayait sans arrêt de lui retirer le plateau des mains. Et comme si ça ne suffisait pas, ce nouveau duc l’avait renvoyé chercher… Il frissonna. Des flocons d’avoine ! Et un œuf poché baveux ! Il était trop vieux pour des choses pareilles, le cuisinier. Il avait ses habitudes. C’était un cuisinier dans la vraie tradition féodale. Ce qui n’avait pas de pomme dans la bouche et qu’on ne rôtissait pas, il refusait de le servir.

Le fou hésita, une carte à la main, réprima sa panique et réfléchit vite.

« Ma foi, noncle, couina-t-il, tu as plus de questions en toi qu’une flotte n’a d’artimons. »

Le cuisinier se détendit.

« Bon, d’accord », fit-il, pas entièrement satisfait. Le fou perdit les trois coups suivants, pour plus de sûreté.

Le portier, pendant ce temps, déverrouillait le guichet de la porte et regardait à l’extérieur d’un air interrogateur.

« Qui s’en vient frapper à l’huis ? » grogna-t-il.

Le soldat, tout trempé et terrifié qu’il fût, marqua un temps.

« À lui ? À lui qui ? fit-il.

— Si c’est pour faire chier, tu peux y rester toute la journée, à l’huis, dit calmement le portier.

— Non ! Il faut que je voie le duc tout de suite ! s’écria le garde. Les sorcières sont de sortie ! »

Le portier était sur le point de répondre : « C’est la bonne saison pour ça » ou : « J’aimerais bien, moi aussi », mais il se ravisa lorsqu’il aperçut le visage du garde. Ce n’était pas le visage de qui a envie de rigoler. Plutôt celui de qui a vu des choses qu’aucun homme honnête ne devrait connaître…


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