
« Tu comptes tout de même pas m’apprendre comment m’occuper d’un enfant ? répliqua Nounou Ogg avec douceur. À moi qu’en ai eu quinze ?
— Je dis seulement qu’on devrait réfléchir. »
Les deux autres l’observèrent un moment.
« Alors ? » fit Magrat.
Les doigts de Mémé battaient la charge sur le bord de la couronne. Son front se plissa.
« D’abord, faut le faire partir d’ici », dit-elle. Elle leva la main. « Non, Gytha, je suis sûre que chez toi c’est l’idéal et tout, mais y a des risques. Faut qu’il s’en aille loin d’ici, très loin, là où personne le connaît. Et puis, y a ça. » Elle se lançait la couronne d’une main à l’autre.
« Oh, ça, c’est facile, fit Magrat. Je veux dire, vous la cachez sous une pierre, n’importe quoi. C’est facile. Beaucoup plus facile que les bébés.
— Non, dit Mémé. Pour la bonne raison que le pays est plein de bébés et qu’ils se ressemblent tous, mais qu’à mon avis y a pas beaucoup de couronnes. Elles ont la manie de se faire retrouver, de toutes façons. On dirait qu’elles attirent les gens. Si tu la fourrais sous une pierre dans le coin, en moins d’une semaine quelqu’un tomberait dessus par hasard. Tu peux m’croire.
— Ça, c’est bien vrai, fit Nounou Ogg avec sérieux. Combien de fois on a vu ça : on jette un anneau magique au fin fond de la mer, après on rentre à la maison, on s’attable devant une tranche de turbot pour le thé, et paf, le voilà ? »
Elles réfléchirent en silence.
« Moi, jamais j’ai vu ça, répondit Mémé avec humeur. Et toi non plus. N’importe comment, il pourrait demander qu’on la lui rende. Si elle lui revient de droit, j’entends. Les rois font grand cas des couronnes. Vraiment, Gytha, des fois, qu’est-ce que tu peux raconter comme…
