— Leurs adresses, madame ?

— Où elles habitent. Je gage que vos percepteurs d’impôts savent où les trouver ?

— Ah ? » fit le chambellan d’une voix misérable.

Le duc se pencha en avant sur son trône.

« Je gage, dit-il, qu’elles payent des impôts ?

— Elles ne payent pas exactement des impôts », fit le chambellan.

Un silence s’ensuivit. Puis le duc souffla : « Continuez, mon vieux.

— Eh bien, disons plutôt qu’elles ne payent pas d’impôts, voyez-vous. Nous n’avons jamais jugé… Enfin, l’ancien roi ne croyait pas… Bref, elles n’en payent pas. »

Le duc posa la main sur le bras de sa femme.

« Je vois, dit-il avec froideur. Très bien. Vous pouvez disposer. »

Le chambellan lui adressa de la tête un bref signe de soulagement et sortit en crabe et en vitesse de la salle.

« Eh bien ! fit la duchesse.

— Comme vous dites.

— C’est ainsi que votre famille gouvernait un royaume, n’est-ce pas ? Vous aviez le devoir impératif de tuer votre cousin. C’était indéniablement dans les intérêts de l’espèce, dit la duchesse. Les faibles ne méritent pas de survivre. »

Le duc frissonna. Elle ne cesserait donc pas de le lui rappeler. Dans l’ensemble, il ne voyait aucune objection à tuer des gens, ou du moins à ordonner qu’on les tue et à regarder le spectacle. Mais tuer un parent, ça restait plutôt en travers de la gorge ou – se souvint-il – du foie.

« Tout à fait, réussit-il à dire. Évidemment, il paraît qu’il y a beaucoup de sorcières, et ça risque d’être difficile de retrouver les trois qui étaient sur la lande.

— Aucune importance.

— Bien sûr que non.

— Prenez l’affaire en main.

— Oui, mon amour. »

L’affaire en main.



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