
Irina Murray secoua la tête.
— Non, on vous a mis au Premier Palace, ce qu’il y a de mieux. Dans Tarass-Sevchenko.
La circulation était de plus en plus dense et ils croisèrent plusieurs voitures arborant des rubans orange à leurs portières. Certains passants, eux aussi, portaient des écharpes ou des bonnets du même orange vif que la minijupe d’Irina Murray. Le signe de ralliement de la «révolution orange» des partisans de Viktor Iouchtchenko, le candidat pro-occidental à la présidence. Plus on approchait du centre, plus les oriflammes orange étaient nombreuses. Irina Murray s’engagea, après la place de l’Europe, dans l’avenue Khreschatik, les Champs-Élysées de Kiev, et freina brusquement. Malko aperçut devant eux une mer de tentes orange et une foule compacte massée sur Maidan Nezhalevnosti, la place de l’Indépendance.
Un gigantesque arbre de Noël clignotait en face d’écrans de télévision suspendus à des échafaudages. Des oriflammes orange étaient accrochées partout et des haut-parleurs vomissaient des chansons folkloriques ukrainiennes. La jeune femme jura entre ses dents, puis entama un demi-tour.
— J’avais oublié ! grogna-t-elle, Maidan est toujours bloquée. Ils ont dit qu’ils resteraient là tant que Viktor Iouchtchenko ne sera pas président de l’Ukraine. Une Ukraine enfin libre, ajouta-t-elle d’une voix vibrante de fierté.
Ils repartirent en sens inverse et, sur la place de l’Europe, Irina Murray emprunta un boulevard en pente raide afin de contourner par le haut la place neutralisée. Partout, des bouts de tissu orange accrochés aux fenêtres témoignaient que la ville entière était mobilisée derrière Viktor Iouchtchenko.
— Comment va Viktor Iouchtchenko ? demanda Malko.
Le visage d’Irma Murray s’assombrit.
— On dirait qu’il est tombé de la caravane du Diable ! soupira-t-elle. Son visage est boursouflé, plein de pustules, répugnant. Lui qui était si beau ! Mais il a le moral.
